L’homme

Victor Schœlcher, né le 22 juillet 1804 à Paris dans une famille catholique bourgeoise. Son père, originaire de Fessenheim en Alsace, est propriétaire d’une usine de fabrication de Porcelaine.

Il fait de courtes études au lycée Condorcet,côtoyant les milieux littéraires et artistiques parisiens.

il devient journaliste et critique artistique, publiant des articles, des ouvrages, multipliant ses déplacements d’information.

Le premier consul Bonaparte avait rétabli l’esclavage que l’Abbé Grégoire avait réussi à abolir (1794).

Après la mort de ce dernier, il prend le relais de la lutte contre l’esclavage en multipliant les articles, dont De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale.

Rappelons que l’esclavage avait déjà été aboli en France, pendant la révolution le 16 pluviôse de l’an II, puis rétabli par Napoléon Ier par la loi du 20 mai 1820. Victor Schœlcher, nommé par Lamartine président de la commission d’abolition de l’esclavage, est l’initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l’esclavage en France.

Ses voyages

Son père l’envoie au Mexique, aux USA et à Cuba en 1828-1830 en tant que représentant commercial de l’entreprise familiale. Lorsqu’il est à Cuba, il est révolté par l’esclavage.

en 1840, après un nouveau voyage aux Antilles , il se prononce pour une abolition immédiate et complète de l’esclavage, et se consacre désormais entièrement à cette cause.

Il voyage beaucoup à travers l’Europe mais aussi dans les Caraïbes :

  • Guadeloupe
  • Martinique
  • Jamaïque
  • Antigua
  • Haïti
  • Porto Rico
  • Égypte
  •  Sénégal

Ses écrits

Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie.

1830, dans un article de la Revue de Paris, après avoir fait une description terrible de la situation des esclaves, et montré comment l’esclavage transforme ces hommes en brutes, il se prononce contre l’abolition immédiate pour lui,

« les nègres, sortis des mains de leurs maîtres avec l’ignorance et tous les vices de l’esclavage, ne seraient bons à rien, ni pour la société ni pour eux-mêmes… je ne vois pas plus que personne la nécessité d’infecter la société active de plusieurs millions de brutes décorés du titre de citoyens, qui ne seraient en définitive qu’une vaste pépinière de mendiants et de prolétaires… la seule chose dont on doive s’occuper aujourd’hui, c’est d’en tarir la source, en mettant fin à la traite ».

En 1833, il publie De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale, un réquisitoire contre l’esclavage et pour son abolition

il considère que :

« l’homme noir n’est pas moins digne de la liberté que l’homme blanc… l’esclavage des nègres est une injure à la dignité humaine, parce que l’intelligence de l’homme noir est parfaitement égale à celle de l’homme blanc ».

1839-1840 : Abolition de l’esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés

1842 : Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage

1843 : Colonies étrangères et Haïti

1844 : De la pétition des ouvriers pour l’abolition immédiate de l’esclavage

1844 : Journal de voyage en Égypte

1847 : Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années

« Il est impossible d’introduire l’humanité dans l’esclavage. Il n’existe qu’un moyen d’améliorer réellement le sort des nègres, c’est de prononcer l’émancipation complète et immédiate… tout le monde est d’accord sur la sainteté du principe de l’abolition… le sort des esclaves n’a pas cessé d’être horrible, atroce, dégradant, infâme, malgré les lois, les ordonnances, les règlements faits pour l’allégerLe seul, l’unique remède aux maux incalculables de la servitude c’est la liberté. Il est impossible d’introduire l’humanité dans l’esclavage. Il n’existe qu’un moyen d’améliorer réellement le sort des nègres, c’est de prononcer l’émancipation complète et immédiate ».

1850 : La verité aux ouvriers et cultivateurs de la Martinique 

1851 Abolition de la peine de mort.

1851 : Protestation des citoyens français negres et mulatres contre des accusations calomnieuses 

1851 :Le procès de la colonie de Marie-Galante 

1873 : La famille, la propriété et le christianisme

1874 : Le Deux décembre, les massacres dans Paris

1875 :La grande conspiration du pillage et du meurtre à la Martinique 

1889 : Vie de Toussaint Louverture

Sa carrière politique et son action

Il consacra l’essentiel de ses activités à la lutte contre l’esclavage.

Schoelcher occupa les fonctions de sous-secrétaire d’Etat au sein du ministère de la Marine auprès de François Arago de mars à mai 1848.Il présida la Commission d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises qui prépara les décrets abolitionnistes du 27 avril 1848.

  • 9 août 1848, Schoelcher est élu député de la Martinique
  • 22 août 1848, Il est aussi élu député de la Guadeloupe. Il choisit d’être député de la Martinique
  • 5 juin 1849 il est battu en Martinique par Bissette
  • juin 1849, Il fut élu comme représentant de la Guadeloupe à l’Assemblée législative
  • 13 Juin 1850 il fut élu en Guadeloupe, contre Alexandre Dumas (15’ 000 voix contre 3000)
  • D’août 1848 à décembre 1851, il siège à gauche, en tant que vice-président du groupe La Montagne
  • Exil, Républicain, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte. Il s’exile en Angleterre.
  • 1870, il revient en France. Il est nommé colonel d’état-major de la garde nationale et obtient le commandement de la légion d’artillerie.
  • 1871 réélu parlementaire colonial
  • mars 1871 à décembre 1875 il est réélu député de la Martinique à l’Assemblée nationale
  • 16 décembre 1875, il est élu sénateur inamovible par l’Assemblée nationale

Sa mort

À la fin de sa vie, il décida de donner tout ce qu’il possédait, entre autres, une collection d’objets au Conseil Général de Guadeloupe, exposée aujourd’hui au musée qui porte son nom à Pointe-à-Pitre.

Il meurt le 25 décembre 1893 à l’âge de 89 ans à Houilles dans les Yvelines. Enterré au cimetière du Père-Lachaise, son corps fut transféré au Panthéon par décision de l’Assemblée nationale et du Président du Conseil de la République, Gaston Monnerville  le 20 mai 1949.

Hommages rendus

En 1888 alors qu’il est encore vivant, la commune de Case-Navire en Martinique prend le nom de Schoelcher en hommage au combat de ce dernier contre l’esclavage.

En 1952, un billet de 5 000 francs (outre mer) à l’effigie de Victor Schœlcher est mis en circulation dans les DOM..

En 2012, il figure sur une pièce de 10 € en argent.

« Evoquer Schoelcher, ce n’est pas invoquer un vain fantôme, c’est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive… Si, malgré tout, de la grande déconfiture, surnage un fait positif, l’abolition de l’esclavage, c’est que dans un domaine limité, la Révolution buta sur les hommes qu’il fallait…. Schoelcher dépasse l’abolitionnisme et rejoint la lignée de l’homme révolutionnaire : celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l’histoire vers sa fin ».

Aimé Césaire