Joseph Bologne de Saint-Georges

A Basse-Terre, au début du quartier du Bas-du-Bourg, juste après la rue Mallian, se trouve la rue du Chevalier de Saint-Georges.

Ses origines

Joseph Bologne de Saint-Georges, plus connu sous le nom de « Chevalier de Saint-Georges », serait né le 25 décembre 1745 à Baillif en Guadeloupe sur le site de la sucrerie Clairefontaine et décédé le 12 juin 1799 Paris.

Il serait fils d’une esclave noire du nom de Nanon et d’un colon blanc dont on ne peut avec certitude affirmer le nom. Il y a au moins trois hypothèses :

  •  Georges de Bologne Saint-Georges (le plus vraisemblable)
  • M. de Boulogne, fermier général
  • Guillaume-Pierre Tavernier de Boullogne

Très tôt, l’intelligence, les dons musicaux et les qualités physiques de Joseph, furent remarquables ; Les projets de Guillaume Pierre Tavernier pour lui sont ambitieux : le faire accepter par la société Parisienne. Mais le code noir interdit au mulâtre de porter tout titre de noblesse.

Aucune difficulté n’est insurmontable : Joseph ne sera ni Comte, ni Marquis, il sera chevalier. Pour le faire accepter par la Société parisienne, les meilleurs professeurs lui sont attachés :

  • Mr de la Boëssière pour l’escrime, le préparera au métier d’officier et fera de lui l’un des fleurettistes les plus exceptionnels de son temps.
  • Jean-Marie Leclerc, le plus brillant violoniste de Paris
  • François Gossec. Meilleur escrimeur du royaume

Au manège des Tuileries, il s’impose comme l’un des meilleurs cavaliers de cette prestigieuse école.

Ses talents extraordinaires font beaucoup de bruit. C’est un homme grand, admirablement fait, et dont les traits, malgré leur teinte brune, ont de la noblesse, un certain charme et surtout, beaucoup d’expression.

Son éducation

Saint-Georges reçoit ainsi l’éducation d’un chevalier français de la seconde moitié du XXVIIIème siècle.

Homme doué d’une foule de dons de la nature : il est très-adroit à tous les exercices du corps, il tire des armes d’une façon supérieure, il joue du violon de même.

Les chroniques et gravures nous ont laissé de nombreux témoignages de ses prouesses, tel le fameux assaut contre la Chevalière d’Éon.

 Joseph vivra à Paris dans le quartier de Saint-Germain et son père lui achète une charge de « Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi » Louis XV.

Sa carrière

Joseph avait alors trois cordes à son arc : l’escrime, la musique et la carrière militaire.

  • En 1761 il est admis dans les Mousquetaires (corps des Gendarmes de la Garde du Roi).
  • En 1763, Georges de Bologne lui achète une charge de « Conseiller du Roi », qui lui donne droit au titre d’Écuyer et l’autorise ultérieurement à porter celui de Chevalier.

Le musicien

Saint Georges était de formation musicale très poussée. Il était un misicien et violoniste virtuose.

  • En 1769, déjà surnommé l’inimitable, Saint-Georges est premier violon dans l’orchestre du Concert des Amateurs (l’un des orchestres les plus prestigieux de l’époque), sous la direction de François-Joseph Gossec.
  • En 1773, Il remplacera ce dernier en tant que chef d’orchestre pendant 8 années.
  • En 1772 ses premiers concertos sont créés. Il est reconnu comme l’un des meilleurs musiciens de l’époque.
  • En 1774 la reine Marie Antoinette, l’invite à venir faire de la musique avec elle et il devient son conseiller et le Maître de musique.
  • Durant l’année 1779, Saint-Georges est invité à jouer de la musique auprès de la reine à Versailles.
  • Au printemps 1797, notre Saint-Georges revient à Paris afin de reprendre la musique en dirigeant un nouvel Orchestre  » Le Cercle de l’Harmonie ».
  •  Puis il se voit successivement confier la direction du « Concert Spirituel » et celle de la « Société Olympique ». Homme de cour, il est admis au Palais Royal au service de la famille d’Orléans.

Madame de Montesson, épouse du duc d’Orléans, confie à Saint-Georges la direction de son théâtre privé et lui demande d’être le maître de cérémonie de son salon.

Ensuite, Saint-Georges se verra confier la direction du Concert spirituel. Plus tard il dirigera le Concert de La « Société Olympique ».

Loué par les compositeurs, célébrés par les critiques, il devient bientôt, le nègre des lumières, le Mozart noir, le Mozart des Caraïbes, le Voltaire de la musique.

Candidat pour diriger L’Académie Royale de Musique, Saint-Georges en est évincé parce qu’il est un mulâtre.

Il produisit notamment 14 concertos pour violon, 9 symphonies concertantes, 2 symphonies, 18 quatuors à cordes, des sonates, des romances et 7 opéras.

Pour pallier au désengagement des mécènes, Saint-Georges crée une autre formation qui vivra du prix des entrées. Ainsi nait l’Olympique de la Parfaite Estime.

L’Olympique dirigé par St Georges est immédiatement considéré comme le seul orchestre de grande qualité de Paris.

Au fil des ans, il s’affirme, ses compositions prennent du corps, de la profondeur ; il n’est plus seulement un violoniste qui compose, mais il est devenu un compositeur à part entière.

Il fut reconnu comme le plus habile artiste de son temps.


L’escrimeur

Duel avec le chevalier d’Eon en habit de femme

A l’académie d’escrime de Nicolas Texier de la Böessiere Il est reconnu comme l’élève le plus prodigieux dans l’usage des armes. Dès l’âge de quinze ans, Saint Georges domine les plus forts tireurs. Il apparaît comme la plus fine lame de son temps, l’homme le plus prodigieux qu’on ait vu dans les armes, le plus habile tireur d’armes qu’il y ait en France,

Joseph Bologne est cité par presque tous les maîtres d’armes des XIXe et XXe siècles. Il est reconnu dans le milieu de l’escrime comme le « Dieu des Armes ».Ses talents d’athlète et d’escrimeur lui valurent la célébrité.

Le militaire

  • En 1761, il fut admis dans les gendarmes de la garde du roi.
  • « Il devint ensuite écuyer de Mme de Montesson, l’épouse du duc d’Orléans, puis capitaine des gardes du duc de Chartres.
  • 1763 Georges de Bologne lui achète une charge de Conseiller du roi et contrôleur ordinaire des guerres. Joseph de Saint-Georges conservera cette charge pendant onze années.
  • En 1789, Il adhéra à la Garde Nationale pro-révolutionnaire
  • En 1790en devint l’un des Capitaines
  • 1791, Installé à Lille, Saint-Georges s’enrôle dans la Garde nationale  avec le grade de capitaine.
  • Septembre 1792 l’Assemblée autorisa la Légion franche de cavalerie des Américains et du Midi, composée de mille volontaires de couleur avec Saint-Georges à leur tête.
  • En avril 1793, avec sa Légion, il arrêta à Lille le Général Miaczinski et provoqua l’échec de la trahison de Dumouriez.
  • Le 25 septembre 1793 il perdit son commandement, sous l’accusation d’utilisation de fonds publics à son profit personnel. Il resta emprisonné dix-huit mois, avant d’être acquitté. Saint-Georges est donc en prison au moment du vote du décret de l’abolition de l’esclavage du 16 pluviôse an II.

Sa mort

Sa mort ne passe pas inaperçue. Sa mort est honorée dignement et les journaux de l’époque lui rendent hommage.

Son extraordinaire parcours, son engagement dans les valeurs citoyennes de la Révolution Française, autant que ses multiples talents d’escrimeur, militaire, violoniste, compositeur et chef d’orchestre, ont fait de lui une figure emblématique et quasi légendaire de l’émancipation et des milieux abolitionnistes des Lumières.

Hommages

  • En décembre 2001, son nom est donné à une rue de la capitale.
  • En 2009, création du Festival international Saint-Georges. La première édition du festival a eu lieu en Guadeloupe du 22 au 25 avril 2010.
  • 2011, création à Paris de l’orchestre du chevalier de Saint-Georges, qui se consacre principalement à la musique du chevalier de Saint-Georges
  • 2005 : Alain Guédé a écrit un livret d’opéra sur la vie et l’œuvre de Saint-Georges, intitulé Le Nègre des Lumières,
  • 2006 : Création à La Havane d’un ballet, intitulé El Mozart Negro, sur des extraits d’œuvres du chevalier de Saint-George
  • Le Chevalier de Saint-Georges figure sur une pièce de 10 € en argent éditée en 2012 par la Monnaie de Paris pour représenter la Guadeloupe.
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